Un rétablissement rapide à la suite d’une blessure est vital pour l’athlète, tout comme il l’est aussi à la suite d’un programme d’entraînement intense.

Depuis de nombreuses années, la cryothérapie et l’immersion en eau froide (l’utilisation de la glace et des bains glacés) sont utilisées dans la prise en charge des traumatismes sportifs aigus comme traitement. Certains auteurs (Wilcock entres autres) suggèrent que l’immersion en eau froide (IEF) est le traitement le plus fréquemment utilisé chez les sportifs professionnels, même si son efficacité demeure controversée.

La recherche suggère que l’immersion dans l’eau froide aide à réduire le saignement initial et l’œdème/inflammation après la lésion des cellules. D’autres recherches suggèrent également qu’elle aide à réduire la douleur aiguë et à améliorer plus rapidement la fonctionnalité musculaire.

Physiologiquement, on pense que l’IEF cause une vasoconstriction des capillaires, ce qui limite le traumatisme et les saignements des cellules. De plus, le métabolisme des cellules ralentit également, réduisant ainsi l’inflammation et le gonflement qui peuvent résulter du traumatisme.

D’autres études ont également suggéré que les substances chimiques et les enzymes libérées lors d’une blessure, comme la créatine kinase (CK) qui peut entraîner des courbatures musculaires retardées (CMS) et une perte musculaire, sont ralenties. La prostaglandine E2, qui est également libérée lors d’une blessure pour augmenter la sensation de douleur, elle serait est aussi ralentie, pouvant donc influer sur la sensation de douleur ressentie.

Même si l’IEF est largement utilisée dans la prise en charge des traumatismes musculaires, la validité de la recherche reste controversée, la plupart des études ayant des défauts et des limites méthodologiques, comme la petite taille des échantillons, des protocoles de tests inadéquat et/ou l’incohérente des procédures employées.

Quelles sont les dernières preuves en la matière ?

La cryothérapie a longtemps été utilisée dans le traitement des troubles musculo-squelettiques dans l’espoir de réduire la température des tissus, ce qui contraint les vaisseaux sanguins et réduit ainsi le gonflement et l’inflammation des tissus endommagés. 40 participants ont pris part à un essai clinique « randomisé » visant à déterminer comment la cryothérapie/IEF pouvait réduire le gonflement.

Les participants ayant des membres enflés ont été exposés à de basses températures à l’aide de trois immersions d’une minute dans l’eau froide. Ils ont mesuré l’inflammation après 24,48 et 72 heures. Les chercheurs ont constaté que, comparativement au groupe témoin, il n’ y avait pas de différence significative dans l’inflammation des membres exposés à l’IEF. Ils ont donc conclu que la méthode était inefficace pour réduire l’inflammation chez les participants.

Cependant, la validité de l’étude demeure controversée. Il se peut que trois immersions d’une minute n’aient pas été assez longues pour montrer un effet significatif. De même, ils ont mesuré l’inflammation en utilisant la circonférence du membre plutôt qu’une échographie diagnostique qui aurait pu être plus précise.

D’autres défauts étaient présents, comme :

  • la participation de sujets « normaux » qui ont été soumis à un exercice intense plutôt que d’utiliser des sujets présentant de véritables pathologies
  • un faible nombre de sujets
  • des inexactitudes dans la standardisation de la procédure

Une étude de Goodall & Howatson en 2008 a toutefois conclu à des résultats similaires. Ils ont utilisé 18 participants à un essai clinique randomisé. Ils ont utilisé la contraction maximale volontaire, les taux de créatine kinase dans les échantillons sanguins (pour mesurer l’inflammation) et l’amplitude des mouvements des articulations comme marqueurs.

Après des exercices exhaustifs, ils ont soumis les participants à l’IEF pendant 12 minutes et n’ont trouvé aucune différence significative dans aucun des marqueurs, concluant ainsi que l’IEF n’améliore pas la récupération des tissus endommagés.

Cependant, cette étude ne comportait pas de groupe témoin, n’était pas menée en « double aveugle », n’utilisait que des sujets de sexe masculin, employait un faible nombre de sujets et manquait de validité externe. Encore une fois, les conclusions peuvent ne pas être valides…

D’autres auteurs s’entendent pour dire que le froid a des effets limités. Une étude plus récente (Peiffer et al 2009) a comparé 5,10 et 20 minutes d’immersion en eau froid, mesurant la température rectale et la température musculaire. 12 cyclistes ont été soumis à un exercice d’épuisement, puis placés dans des bains d’eau froide pour mesurer les changements de température à intervalles réguliers.

Ils ont laissé entendre qu’un effet de refroidissement aurait un effet positif sur l’efficacité de l’IEF. Dans cette étude, ils ont constaté que l’IEF n’avait pas d’effet sur la température musculaire, mais qu’elle avait en revanche un effet sur la température rectale. Malheureusement, ils n’ont pas été en mesure d’expliquer pourquoi cela s’est produit, en raison de certaines lacunes dans leurs procédures et protocoles…

Cependant, les auteurs ne sont pas d’accord pour dire que l’IEF est pour autant inefficace. Une étude menée par « Ingram et al » en 2009 sur 11 athlètes a comparé l’hydrothérapie contrastée (HC = immersion dans l’eau chaude puis froide), l’IEF (immersion/bain en eau froide) et un groupe témoin (pas de traitement). Ici, les auteurs ont effectué des analyses sanguines et mesuré les douleurs musculaires 24 heures et 48 heures avant et après un exercice exhaustif.

Une échelle subjective d’auto-évaluation de Likert (de 0 à 10) a été utilisée pour surveiller la douleur musculaire, et la créatine kinase (CK) a été utilisée à partir de l’échantillon de sang pour mesurer la réponse inflammatoire avant et après l’exercice.

Les chercheurs ont constaté que l’IEF avait réduit de façon significative la douleur musculaire chez leurs athlètes, les ramenant à l’entraînement plus rapidement que le groupe témoin. Ils ont également constaté que le groupe HC avait réduit de façon significative les douleurs musculaires au cours des 24 premières heures, mais qu’il ne revenait pas au sport plus rapidement que le groupe témoin. Il est également intéressant de noter qu’il n’ y avait pas de différence significative entre les taux de CK des échantillons sanguins des trois groupes.

Malheureusement, encore une fois, même si ces résultats sont plus encourageants, avec un faible nombre de sujets et si l’on utilise des tests subjectifs comme seul marqueur significatif pour confirmer l’IEF, l’étude manque tout simplement de validité. Toutefois, cette étude a mis en lumière le fait que le rétablissement pourrait être subjectif plutôt qu’objectif, et pourrait démontrer que le placebo peut y contribuer.

Dans une étude distincte (Morton, 2007), on a comparé l’HC (hydrothérapie contrastée) à l’IEF. 11 participants ont fait l’objet d’un exercice exhaustif dont les taux de lactate pré et post-plasmatique ont été mesurés pour déterminer le taux de récupération. L’étude a conclu que les concentrations plasmatiques de lactate diminuent considérablement après l’IEF. Malheureusement, une fois de plus, l’étude portait sur un nombre très faible de sujets, n’avait pas de groupe témoin et n’était pas randomisée.

Bien que l’IEF demeure controversé, d’autres applications peuvent être utilisées pour aider à réduire l’inflammation et le gonflement après une blessure ou des dommages aux cellules. Ceux-ci incluent l’étirement, la compression, le massage, les médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens, l’électrostimulation, les ultrasons…et bien entendu, le repos !

Conclusion

La thérapie par le froid est toujours l’un des traitements les plus utilisés par les thérapeutes sportifs du monde entier pour traiter les traumatismes et les blessures aigus. Le manque de preuves scientifiques et la fiabilité des études remettent néanmoins en question son utilisation et son efficacité.

Cependant, en raison des effets secondaires faibles et insignifiants que la glaciothérapie peut entraîner, elle demeure un traitement viable à utiliser en combinaison avec d’autres thérapies dont il a déjà été question. L’autre facteur, bien sûr est l’effet placebo, nous pouvons être très forts pour nous convaincre que quelque chose fonctionne.

Toutefois, il est clair que des études de qualité supplémentaires sont nécessaires pour justifier cliniquement son application unique dans le rétablissement et l’amélioration de la vitesse de guérison.

Il est certain que nous sommes encore très loin de connaître le plein potentiel du cerveau et de ce genre de « méthodes glacées », un reportage sur Wim Hof (AKA Iceman) nous en faisait prendre conscience récemment, je vous laisse découvrir le phénomène…