Cette maladie a changé de nom plusieurs fois, vous en avez peut être entendu parler sous l’appellation de « colopathie fonctionnelle », « syndrome du colon irritable » (SCI) ou encore plus récemment, « syndrome de l’intestin irritable ». Si elle change si souvent de nom, c’est que cette pathologie reste encore bien méconnue des professionnels de la santé, on ne la comprend pas bien !

Ce n’est pas faute d’avoir essayé, la communauté s’active sur le sujet car 10 à 20% de la population en serait atteinte, et 1/3 des consultations chez le gastro entérologue sont dues à ce syndrome.

Un peu d’anatomie

En présence de ce syndroe, l’intestin devient hyper sensible et présente alors une activité irrégulière au niveau de sa paroi, notamment à cause de ses fibres musculaires qui se contractent et se relachent trop rapidement. L’intestin n’a alors plus assez de temps pour réabsorber l’eau contenue dans les aliments, et résultat des courses, une bonne grosse diarrhée. Parfois c’est l’inverse, les contractions sont plus lentes ou plus faibles que la normale, entrainant cette fois ci une constipation et des douleurs.

Cette irrégularité de l’activité intestinale peut aussi provoquer des ballonnements et des crampes.

Quelles sont les causes de ces irrégularités intestinales ?

Si on connait les conséquences, on ne connait pas les causes ! Les scientifiques ont pourtant trois grandes hypothèses :

  1. une irritabilité du système nerveux qui contrôle les intestins
  2. un problème de flore intestinale avec la prolifération de mauvaises bactéries dans l’intestin grêle (ou une infection intestinale).
  3. Les allergies alimentaires peuvent également être la cause de la pathologie (ce ne sont pas de véritables allergies telles qu’on les connait, mais plutôt des réactions aux aliments qui provoquent un certain nombre de symptômes chroniques, y compris le SCI). Un article publié récemment dans le British Medical Journal a révélé que le fait de supprimer certains aliments de son alimentation peut apporter des améliorations notables.

Bien qu’il y ait principalement trois raisons identifiables pour le SCI, voici quelques causes mineures :

  • manque d’enzymes digestives
  • présence de parasites dans l’intestin
  • carence en zinc et magnésium
  • toxicité due à certains métaux lourds

Il n’y a donc pas de traitement unique et universel, malheureusement, il est question de dresser un diagnostic précis avant de trouver le remède approprié.

L’importance d’une bonne santé intestinale

L’intestin grêle a une doublure protectrice qui empêche l’entrée de matières toxiques comme les bactéries et les aliments qui ne sont pas digérés. Il contient également 60% du système immunitaire. Si cette doublure protectrice est compromise et commence à se décomposer, elle activera une réponse immunitaire.

Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles cette couche protectrice délicate et importante peut se décomposer, y compris :

  • un stress excessif
  • l’utilisation massive d’antibiotiques ou d’anti-inflammatoires
  • la consommation d’aliments riches en sucre
  • la surconsommation d’alcool
  • une infection intestinale

La réponse immunitaire déclenchée par la rupture de la muqueuse irrite le système nerveux intrinsèque et provoque le syndrome de l’intestin irritable ainsi que d’autres potentiels symptômes tels que les allergies, l’arthrite, des changements d’humeur et l’auto-immunité. Voilà pourquoi il faut prendre la santé de nos intestins très au sérieux.

Quand les « mauvaise bactéries » prennent le dessus

Beaucoup considèrent l’intestin comme « notre deuxième cerveau », et si le système microbien intestinale est hors d’usage, vous êtes de facto en mauvaise santé. La flore intestinale est très complexe, 1kg de bactéries y résident et les bonnes bactéries doivent l’emporter sur les mauvaises pour maintenir un bon équilibre et un corps en bonne santé.

Lorsque les mauvaises bactéries prennent le dessus et évincent les bonnes bactéries, elles commencent à fermenter les aliments digérés, en particulier les féculents ou les aliments pleins de sucre. Cette prolifération de mauvaises bactéries peut causer le SCI et entraîner des ballonnements après les repas. Si vous souffrez de ballonnements après un repas, il y a de fortes chances que les mauvaises bactéries produisent du gaz en mangeant ce que vous avez mangé lors de votre dernier repas.

Il est assez facile de diagnostiquer si les mauvaises bactéries ont pris le contrôle de votre intestin à l’aide de ce qu’on appelle un test d’haleine qui mesure le gaz produit par la bactérie.

Des remèdes naturels pour s’attaquer au syndrome de l’intestin irritable

De nombreux traitements ne font que masquer les symptômes et ne s’attaquent pas à la cause sous-jacente de l’intestin irritable. En fait, de nombreux médecins disent simplement à leurs patients que leur SCI est un problème émotionnel ou psychologique et qu’ils doivent manger plus de fibres. Leur sont alors prescrits des sédatifs ou des médicaments antispasmodiques qui ne s’attaquent pas à la racine du problème.

Ne baissez pas les bras pour autant, il existe des moyens de combattre soi même son syndrome et détoxifier votre colon naturellement, avec des habitudes quotidiennes qui peuvent améliorer et soulager les symptômes.

1. Évitez certains aliments déclencheurs et en favoriser d’autres.

La nourriture que nous mangeons peut soit alimenter le SCI, soit aider à remédier à la maladie. Voici une liste d’aliments que vous devriez éviter si vous avez des symptômes du SCI.

Mangez moins de : 

  • Produits industriels : évitez tous les produits transformés, ne donnez pas à votre colon capricieux d’additifs et de conservateurs, vous ne pourrez pas régénérer votre intestin avec ce genre de nourriture.
  • Produits laitiers (surtout pasteurisés), ces produits difficiles à digérer et pro inflammatoires sont une catastrophe pour votre SCI. D’autant que la caséine peut poser problème en cas d’intestin poreux.
  • Sucres raffinés : créent de l’inflammation et n’apportent rien de bon pour personne, SCI ou non ! Optez pour des sucres naturels.
  • Gluten :  la protéine du blé cause également problème. On opte pour des céréales sans gluten ou on les enlève complètement.
  • Graisses trans et raffinés : on évite tout ce qui a été frits.
  • Crudités : on évite un maximum les légumes crus car on a plus les capacités digestives pour, malheureusement. On part sur des légumes cuits (voir les fruits aussi, en compote maison par exemple)
  • Aliments riches en FODMAPS : tous les aliments qui vont fermenter facilement dans l’intestin.
  • Mais aussi : les farine raffinée, la caféine qui peut stimuler le tube digestif et entraîner une inflammation, la nourriture épicée et les allergènes.

Mangez plus de : 

Voici votre nouvelle liste de course, pleine d’aliments qui vont renforcer l’intégrité de votre intestin et à encourager la prolifération de bactéries saines :

  • Fibres douces : légumes cuits à la vapeur, compotes, etc..
  • Les aliments cuits pour soulager la digestion.
  • Féculents et Glucides doux (patates douces, sarrasin, tout ce qui est sans gluten, etc..)
  • Protéines maigres de qualité : animales et végétales (n’oubliez pas de faire tremper ces dernières) : les personnes atteintes du SCI ont souvent une carence en protéines.
  • Les bonnes graisses de qualité (pressées à froid) qui vont réparer la paroi intestinal (huile de noix de coco, avocats, œufs bio, le saumon et ghee par exemple).
  • Bouillon d’os qui contient de la proline et de la glycine qui produisent du collagène qui peut aider à réparer la paroi intestinale.
  • Boissons végétales et oléagineux (attention à la sur consommation) en alternative au lait.
  • Eau : rester hydraté maintiendra votre système digestif en bonne santé.
  • Produits laitiers crus :  kéfir, lait de chèvre biologique cru et yaourt cru (à essayer, dépend de la sensibilité de chacun).
  • Prébiotiques : ce sont des glucides non digestibles qui nourrissent les bactéries saines. On les trouve dans les oignons, les poireaux, les haricots, la farine d’avoine, l’ail, les feuilles de pissenlit et la racine de chicorée.

Enfin, n’oubliez pas que la digestion commence dans la mastication, c’est cette dernière qui produit les enzymes nécessaires, prenez le temps de bien mâcher.

 

2. Envisagez certains compléments alimentaires.

Les probiotiques de bonne qualité aideront à repeupler les bonnes bactéries intestinales et à évincer les bactéries nocives. Les aliments riches en probiotiques contiennent le fromage non pasteurisé, le babeurre, l’huile de foie de morue fermentée, le kéfir, le kombucha, le miso, le kimchi, la choucroute, les cornichons naturels, le tempeh et le vinaigre de cidre de pomme. Vous pouvez également envisager les suppléments probiotiques pour aider à résoudre vos problèmes digestifs.

Reconnu pour ses puissantes propriétés anti-inflammatoires, le curcuma peut aider à réduire les symptômes du SCI. Une étude a montré que les participants qui prenaient deux comprimés de curcuma pendant huit semaines présentaient une réduction des symptômes du SCI. Non seulement le curcuma réduit l’inflammation, mais il diminue aussi les contractions musculaires anormales. Pour de meilleurs résultats, prendre 300-400 mg deux à trois fois par jour. Pour ce qui est du choix de votre supplément de curcuma, optez pour un produit contenant de la pipérine, qui augmente la biodisponibilité de la curcumine.

Les enzymes digestives amélioreront la capacité de votre corps à absorber les nutriments des aliments que vous mangez. Pour de meilleurs résultats, vous pouvez prendre des enzymes digestives avant chaque repas : comme du charbon végétal.

Enfin, l’huile de poisson (fish oil) contient des acides gras oméga-3 EPA/DHA qui réduisent l’inflammation du système digestif. Prenez un supplément quotidien d’huile de poisson pour augmenter ces niveaux.

3. Faites régulièrement de l’exercice.

En plus d’améliorer votre santé physique, vos niveaux d’énergie, de combattre le stress et d’améliorer votre humeur, le sport peut aider à régulariser l’activité intestinale. Il ne servira à rien de faire une grosse séance de 4h toutes les deux semaines, al clé ici, c’est la régularité !

4. Tâchez de chasser le stress

Plus facile à dire qu’à faire, je sais. Le médecin vous la sûrement dit : « c’est dans votre tête, vous êtes trop stressé ! »

Le stress a un rôle majeur dans le SCI, c’est bien une des seule chose dont on soit à peu près certain. Il semble que les choses puissent aller dans les deux sens. Je m’explique, vous savez que l’on dit qu’on a deux cerveaux, l’un central et l’autre digestif. Eh bien les patients rapportent souvent que lorsqu’il y a stress, le colon se manifeste et inversement. Quand une crise de SCI est en approche, le stress monte.

Pour cette raison, il est nécessaire d’apprendre à gérer le stress dans sa vie, et avec les bons outils, il est possible de minimiser les situations stressantes de la vie. Apprenez à dire « non » davantage, apprenez à prendre le temps d’être seul et à vous détendre et repérez les déclencheurs de votre stress afin de les éliminer.

Vous trouverez peut être votre salut dans le yoga, la sophrologie, la méditation, les exercices de respiration profonde, l’exercice, l’aromathérapie ou encore le Tai Chi.

5. Essayez des médecines alternatives

Un certain nombre d’études montrent que l’hypnose peut aider à réduire les symptômes du SCI. Une étude britannique (1) a en effet révélé que 71 % des personnes souffrant du SCI présentaient une amélioration de leurs symptômes après 12 semaines d’hypnothérapie. De ce groupe, 81 % d’entre eux ont été soulagés pendant plus de cinq ans tout en pratiquant l’auto-hypnose. Si vous avez besoin d’un professionnel certifié dans votre région, donnez lui une chance.

D’autres études (2) se sont penchées sur l’acupuncture, qui s’est avérée efficace pour traiter la douleur chronique et les ballonnements intestinaux. Si vous choisissez d’essayer l’acupuncture, assurez-vous de consulter un acupuncteur professionnel formé qui connaît bien le SCI et ses symptômes.

Conclusion

Le syndrome de l’intestin irritable semble gagner du terrain, peut être est il du à nos modes de vie toujours plus stressants, peut être à cause de notre alimentation et les produits aux valeurs nutritionnelles dégradantes. Quoi qu’il en soit, cette pathologie est paradoxalement très facile à diagnostiquer, mais difficile à traiter. Les professionnels de la santé ont bien des hypothèses quant à leurs causes, mais une grande part de mystère demeure.

Généralement, on vous dira que c’est dans votre tête, que vous êtes très stressé et on vous conseillera de vivre avec, avec peut être un médicament qui ne s’attaquera pas à la vraie cause. Mais ne baissez pas les bras, la clé réside certainement dans vos habitudes de vie et particulièrement votre régime alimentaire. Apprenez à identifier vos déclencheurs et vos allergènes, supprimez les. Tâchez de faire plus d’activité physique afin de réduire votre stress, prenez de bonnes habitudes de sommeil. Tout ceci semble simple, mais les changements peuvent être drastiques.

Sources : 

  • (1) https://gut.bmj.com/content/52/11/1623
  • (2) https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3930986/